Courrier à Mgr Blondel 3ème et dernière édition !

« Le soleil se lève à l’est, Jésus-Christ est un révolutionnaire ! »

Il y a plus de 30 ans, j’ai entendu cette phrase prononcée en début de messe dominicale par un prêtre-ouvrier de la banlieue stéphanoise. L’église improvisée s’y prêtait parfaitement : un ancien théâtre-cinéma où l’autel était posé sur une scène, avec en toile de fond un immense rideau rouge en velours poussiéreux, et un parterre constitué de fauteuils fixés au plancher par rangées, au bout desquelles étaient encore présents ces strapontins affreusement grinçants !

La phrase telle qu’elle avait été dite, replacée dans son contexte d’il y a 2000 ans, a une part de vérité incontestable. Le Christ, à son époque, pouvait effectivement apparaître  comme tel, tout du moins  dans notre qualification moderne.

Cependant, il ne s’agissait pas ce jour là d’une évocation historique explicative, mais bien d’une prise de position politique de la part de ce jeune officiant, en jean, sans aube, sale, y compris sa chevelure arrivant au milieu de son dos… ! Aujourd’hui, il est fort probable que sa crinière ait disparue avec l’âge. S’il est resté dans notre église, peut-être même est-il aujourd’hui à la tête d’un diocèse de notre nation…

Je tiens à revenir sur la réponse à mon courrier (08/03/2013) que vous m’avez fait parvenir, datée du 13 mars.

Il est important de bien considérer que votre prise de position, quant à la manifestation du 13 janvier, n’ait pas été aussi largement diffusée que vous le laissez entendre, et qu’il est exagéré de  dire qu’elle ait été suffisante …

D’autre part, vous qualifiez le collectif « Le Mariage Pour Tous » d’association non confessionnelle, et vous avez entièrement raison. Cependant, quelles sont les associations catholiques qui se sont ralliées à cette cause, et combien sont-elles ?

J’ai de très mauvaises lectures. Je suis effectivement abonné à « Famille Chrétienne » qui n’a pas hésité, en tant qu’hebdomadaire, à promouvoir la manifestation du 24 mars en pleine page et solliciter les catholiques à s’y rendre…, au même titre, d’ailleurs que nos cardinaux… !

Certains de vos confrères, tel Mgr Aillet, évêque de Bayonne, ont écrit directement aux catholiques de leur diocèse les encourageant  à être présents le 24 mars à Paris, précisant, pour ce dernier, qu’il y serait aussi en tant que catholique et citoyen (v. courrier joint). Pourquoi n’avez-vous pas fait de même ?

L e dernier sujet concernant votre courrier et très  important à aborder : le fait que mon courrier vous soit parvenu en accusé de réception, ce en quoi vous avez réagi en tout début de votre missive.

Il était important de m’assurer que vous recevriez bien mon courrier.

 Mme Berdiel, M. Chaix, M. Lunel, ont tous les trois été cosignataires d’un courrier vous demandant un rendez-vous pour s’entretenir avec vous de cette manifestation du 24 mars. Ce courrier faisait état de l’appartenance de certains aux AFC. Ils attendent toujours une réponse de votre part !

Par ailleurs j’ai rencontré ce week-end, Mme Louis, vice-présidente de l’association « Cosette et Gavroche ». Celle-ci a fait parvenir à tous nos évêques  « Le Livre Blanc Des Etats Généraux De l’Enfant ». Vous ne vous êtes jamais manifesté à son encontre pour la remercier, ou lui apporter une critique de quelque ordre que ce soit. Le sujet abordé dans cet ouvrage était pourtant d’une importance capitale aux vues de l’actualité !

N’était-il donc pas indispensable que mon courrier vous parvienne en A.R ?!?!

Pour finir, j’aimerais attirer votre attention sur l’ « agressivité ». Elle est comme le cholestérol. Il y en a une bonne et une mauvaise.

La bonne rentre de façon indéniable dans la constitution naturelle de chaque être vivant. Sans elle, la survie est impossible. Les êtres qui en sont démunis sont alors voués à disparaître.

La mauvaise est sous l’emprise de la colère, de la vanité, de l’orgueil… Elle est aussi dangereuse dans son utilisation abusive que l’absence de la première. De celle-ci ont été victimes de trop nombreux catholiques bénévoles de « La Manif Pour Tous » quand ils ont sollicité certains prêtres de votre diocèse. A ce titre, je ne manquerai pas d’en informer avec  précision, Mgr Luigi Ventura, Nonce Apostolique, demeurant à Paris.

J’étais dimanche dernier dans votre ville diocésaine, Viviers, où j’ai pu assister avec mon épouse, à la messe dominicale célébrée en la cathédrale par le père Kollié. Malgré les enfants de la catéchèse participant à cet office, nous étions moins de cinquante personnes !  N’est-ce pas là une surprise pour une messe dans la ville où siège notre évêque ?

Votre attitude sur les différents problèmes sociétaux que nous vivons actuellement n’est même pas tiède. Elle est froide, inexistante ou presque, par votre unique volonté, les autres problèmes du diocèse rentrant complètement dans cette même perspective.

Le  « politiquement correct » est devenu pour vous un incontournable. Votre esprit critique semble avoir disparu au profit  de l’acceptation sans retenue des conseils qui vous sont prodigués par votre entourage dont vous n’êtes, en apparence, plus du tout maître. La résistance que vous devriez avoir sur le plan « agressif » a disparue. Ainsi, nos églises ardéchoises se vident, y compris la cathédrale de notre évêché dont vous êtes le gardien! Cela est d’une grande tristesse et d’une énorme gravité…

Dans une prière de Pardon…

A Privas, le mardi 19 mars 2013.

Guérin de Longevialle.

www.guerindelongevialle.fr

PS : Ce message vous est adressé par mail et par courrier postal. Une copie est adressée par mail au père Blache. Il sera aussi en ligne sur mon site internet.

 

 

Lettre de Monseigneur Marc Aillet aux diocésains à propos de la « Manif pour tous » du 24 mars

Le 13 janvier dernier à Paris, le projet de loi Taubira de « mariage et adoption pour tous », a suscité une mobilisation sans précédent, tant par son ampleur que par la diversité des manifestants et leur motivation : on ne marchait pas pour défendre des intérêts particuliers, mais on avait conscience, de manière plus ou moins explicite, de promouvoir le bien commun de la société, un bien précieux à transmettre aux générations futures.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que cette mobilisation ne semble pas avoir eu d’effets immédiats sur le gouvernement : son absence presque totale de réaction a même pu s’apparenter à un certain mépris. Le débat parlementaire a été à l’image des auditions devant la commission des lois de l’Assemblée nationale : un parti-pris idéologique, un refus d’entendre la voix de la raison en tournant systématiquement en dérision les arguments avancés, une occultation des vrais enjeux pour la société, en particulier « le droit de l’enfant » au profit d’un mortifère « droit à l’enfant ». Les 700.000 pétitions déposées au CESE n’ont pas eu plus de succès. Les media qui minimisent cette mobilisation, au mépris de son ampleur inédite en France, continuent de donner la parole aux promoteurs du projet de loi qui s’en prennent avec virulence à leurs adversaires en brandissant contre eux le facile qualificatif d’ « homophobes » pour les diaboliser aux yeux de l’opinion.

Face à une telle fin de non-recevoir et devant l’obstination du gouvernement, voire une certaine faillite des institutions républicaines qui apparaît de plus en plus comme un déni flagrant de démocratie, la partie est-elle perdue pour autant ? Non, et il convient de rester mobilisés, même si le doute et le découragement semblent en gagner plus d’un.

Il reste que la mobilisation historique du 13 janvier est une lame de fond qui ne saurait se réduire à un combat à court terme, lequel demeure pour autant légitime. En effet on ne saurait être dans une logique d’affrontement ou de rapport de forces. Face au mépris et à la dérision, il n’est pas question de se laisser aller à quelque forme de violence ou d’agressivité que ce soit. C’est un combat spirituel où les ennemis ne sont pas « des êtres de chair et de sang », comme dirait saint Paul : c’est la « béatitude des doux » qui doit nous animer ; et la douceur n’a rien à voir avec la mollesse et la lâcheté, elle est même la vertu qui nous aide à convertir la violence en force d’âme. Mais il semble bien que l’on soit engagés dans une « guerre idéologique » qui entend procéder à la déconstruction de la société et à la déstructuration de la personne humaine, jusqu’à détruire son lien constitutif au Créateur, pour hâter l’avènement d’un « homme nouveau ».

Tel est bien, semble-t-il, le sens de la « réforme de civilisation » prônée par Mme Taubira, au nom de laquelle le gouvernement entend « arracher les enfants au déterminisme de la religion » (Christine Taubira à l’Assemblée nationale ») et faire de l’Education nationale un instrument susceptible de promouvoir une « morale laïque » pour « arracher l’élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel » (Vincent Peillon). Au bout du compte, ce projet totalitaire n’a d’autre objectif que d’imposer à l’ensemble de la société une politique hélas synonyme de « culture de mort » (promotion de l’idéologie du genre, mesures visant à faciliter l’accès des femmes à l’IVG, remise en cause annoncée de notre politique familiale et du droit de la famille, légalisation programmée de la procréation médicalement assistée , autorisation des expérimentations sur l’embryon humain, du « suicide assisté », des « salles de shoot », etc.).

Dans ces conditions, la manifestation du 24 mars ne sera pas d’abord une démonstration de force, qui chercherait à tout prix à faire plier le gouvernement, même s’il est légitime de réclamer purement et simplement le retrait du projet de loi Taubira. Car ne nous y trompons pas : adopté par l’Assemblée nationale en première lecture, il doit encore être discuté au Sénat, puis vraisemblablement, revenir en seconde lecture à l’Assemblée, sans préjuger de son application, si d’aventure il parvient à franchir toutes ces étapes parlementaires. Mais il s’agit plus encore de montrer qu’il existe en France un vaste et profond mouvement de résistance spirituelle, morale, sociale et politique, sous-estimé par les organes institutionnels et les appareils de partis.

Sans doute les déclarations de certains porte-paroles de la « manif pour tous » ne sont-elles pas toujours ajustées. En même temps, leur diversité et leur profond désir de rester unis sur l’essentiel, à savoir le retrait du projet de loi, sert ce mouvement de résistance, au-delà des divergences d’approches. Je sais bien aussi que la date retenue, due à des contraintes indépendantes de la volonté des organisateurs, pourrait gêner les catholiques qui entrent en ce dimanche 24 mars dans la grande semaine sainte.

Toutefois, devant l’importance de l’enjeu, j’encourage les fidèles du diocèse qui le décideront en conscience et en auront la possibilité, à se rendre à Paris le 24 mars. Moi-même, je célèbrerai la Messe anticipée du dimanche des Rameaux, le samedi 23 mars à 18h à la cathédrale Saint- Marie de Bayonne et je les accompagnerai afin de manifester ma sollicitude de pasteur pour leur légitime engagement : pour vous, je suis évêque, mais avec vous je suis chrétien … et citoyen !

L’Eglise n’a certes pas vocation à se lancer dans la bataille politique, mais son rôle est bien de réveiller les forces morales et spirituelles de la société. Mon intervention se situe dans cette ligne. Comme évêque et en conscience, je ne saurais me soustraire à ma mission prophétique. Comme le Pape Benoît XVI nous le rappelait, lors de notre visite ad limina : « Dans les débats importants de société, la voix de l’Eglise doit se faire entendre sans relâche et avec détermination. En continuant d’exercer comme vous le faites la dimension prophétique de votre ministère épiscopal, vous apportez dans ces débats une parole indispensable de vérité qui libère et ouvre les cœurs à l’espérance ». « Garante de la culture de l’humain », qui est née, comme le rappelait notre Pape émérite, « de la rencontre entre la Révélation de Dieu et l’existence humaine », l’Eglise a quelque chose à dire sur l’homme, précisément parce que l’homme a été créé à l’image de Dieu, fondement ultime de sa dignité, et parce que « le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le Mystère du verbe incarné » (Vatican II). La manifestation du 24 mars, comme celle du 13 janvier, doit être l’expression d’un véritable printemps des consciences.

Je n’oublie pas pour autant les souffrances des personnes homosexuelles et de leurs familles, pour lesquelles l’Eglise a une longue expérience d’accompagnement pastoral. Je ne veux pas non plus minimiser les nombreuses situations de précarité économique et sociale engendrées par la crise actuelle, pour lesquelles des solutions politiques tardent à être trouvées et qui exigent de notre part un engagement redoublé en ces jours de Carême. Mais le projet de loi de mariage et d’adoption pour tous représente un enjeu considérable pour l’avenir de notre société et c’est pourquoi je me permets d’insister sur la juste mobilisation qu’il réclame.

En vous engageant d’abord à la prière, car « l’action déborde toujours de la prière » (Marthe Robin), je vous propose de consacrer le vendredi 22 mars à une journée de jeûne et de prière à cette intention.

Avec mes sentiments dévoués dans le Christ et Son Eglise.

+ Marc Aillet, Evêque de Bayonne, Lescar et Oloron

Le 13 mars 2013

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